Parc de la Jacques Cartier

Nous sommes arrivés au parc Jacques Cartier au nord de Québec. Le personnel au centre nous attendait. Nous étions peut-être les seuls clients de la journée. Après une ballade dans la forêt près du centre, nous avons découvert notre chalet EXP, une version moderne de la cabane au Canada. Ce qui frappe d'abord, ce sont les grandes baies vitrées qui permettent de bien voir l'extérieur, mais aussi l'intérieur. Comme l'endroit est vraiment isolé dans la forêt, le manque d'intimité n'est pas gênant.

La cabane dispose d'un très bon niveau de confort. La cuisine complète équipée avec évier, plaque chauffante,  frigo, micro-onde et toute la vaisselle qui va avec. Un espace repas devant le poêle à bois. Une chambre avec deux lits et une salle de bain avec douche et toilette. Manque le lavabo. La hauteur de la pièce est proche de 3 mètres et donne une impression de grande pièce à cet espace de vie qui est somme toute assez modeste en dimensions.

Nous avons fait les quelques pas jusqu'à la rivière Jacques Cartier qui écoule des eaux tumultueuses.

Le parc a une histoire mouvementée. En 1972, Hydro-Québec veut implanter un barrage sur la rivière. Un mouvement de protestation se développe avec une occupation de la zone à défendre. Trois années plus tard, le projet est abandonné sous la pression. Puis, le site est converti en parc national et est maintenant recherché pour les activités nature. Il y a peut-être de bonnes idées à prendre dans cette histoire pour sortir par le haut de cet imbroglio qu'est la problématique de Notre Dame des Landes en France. Profiter de la qualité du site qui a bénéficié du blocage des développements agricoles depuis 40 ans pour en faire un espace nature exemplaire avec la reconnaissance des zones humides et le développement d'activités nature.

La rivière Jacques Cartier est encaissée au fond d'un vallon nord sud. Il est ainsi protégé des vents dominants qui viennent de l'ouest. Un microclimat  permet le développement de flore et de faune particulière. Mais à cette période de l'année, la faune est endormie ou retranchée dans des zones de survie où les animaux broutent les écorces des arbustes par exemple. En tout cas, nous n'avons pas encore croisé d'animaux, ni même de traces d'animaux.

Ici, plus de connexion internet, nous sommes enfin déconnectés. Quel luxe !  Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour arriver à se déconnecter aujourd'hui. S'enfuir au fin fond du Tibet ou dans une forêt canadienne ? Partout ailleurs, la connexion wifi ou 3 ou 4g nous ne laisse aucun repos !

Quand j'ai eu mes courriels sur mon smartphone, j'ai applaudi la performance de la technique qui me permet de consulter mes mails partout et donner ainsi une impression de liberté. Mais comme un aimant, une force relance sans arrêt le besoin de consulter les mails dans l'espoir d'en consulter un qui est intéressant de temps en temps. Dès que le volume devient plus important, il faut se lancer dans des opérations de nettoyage fastidieux.

Avec l’écrivain Michel David, je vis l'histoire d'une famille québécoise du 19ème siècle. La ferme abrite deux générations d'adultes, les parents avec les enfants majeurs qui sont mariés sous le même toit. Ce n'était pas déjà facile  à cette époque et ce sera toujours difficile entre les anciens qui veulent rester maître chez eux et des enfants qui veulent décider tout seul de leur vie. Aujourd'hui la cohabitation entre générations est rare en France. Pourtant elle avait aussi des avantages car avec l'âge, les forces qui faiblissent, peuvent encore servir pour accompagner les petits enfants et s'occuper d'autres besognes moins exigeantes. Les africains ne comprennent pas notre manie d'envoyer les anciens dans des maisons de retraite. Eux les gardent avec eux.

Le jour commence à se lever. A travers les grandes baies vitrées, j'assiste au spectacle de la forêt enneigée. Le sol est recouvert d'une bonne épaisseur de neige. Des arbres, on voit surtout le tronc vertical sur lequel la neige n'arrive pas à s'accrocher. Les branches couvertes d'une belle bande blanche, dansent avec le vent. Les seules traces au sol sont celles que nous avons faites hier soir. Les animaux n'ont pas cherché à se promener dans ce sentier. Quelques flocons chutent des branches de temps en temps et peuvent donner l'impression qu'il s'est remis à neiger. Un peu plus loin, la rivière Jacques Cartier est plus lumineuse. Dans notre bâtiment bien isolé, nous n'entendons pas le bruit des flots, mais la violence de l'eau se fait entendre des que nous ouvrons la porte. Des bourrasques de vent chassent parfois la neige accumulée sur le chalet et sur les branches et donnent une impression de tempête de neige.

L'allumette a relancé le feu du poêle. Les buches reconstituées vont diffuser une bonne chaleur pour nous réchauffer avant de nous envoyer sur les pistes gelées. Quand Martine allume la ventilation de la salle de bain, la sirène se déclenche. Une alerte au feu a été détectée. La fumée de la cheminée a été aspirée par la ventilation. Comme le bâtiment est trop bien isolé, la dépression créée par la ventilation a aspirée la colonne d'air du poêle et de son tuyau et c'est l'intérieur du chalet qui véhicule maintenant les fumées. Nous avons arrêté la ventilation et ouvert la porte pour dissiper ces fumées. Comme quoi il faut apprendre à apprivoiser ces bâtiments trop bien isolés.

Les systèmes interconnectés permettent d'éviter de répéter les mêmes efforts partout. Ils apportent potentiellement des économies pour tous. Mais le principe même des interconnexions est fragile. Il suffit qu'un élément soit en défaut pour que l'ensemble des systèmes tombe en panne. Il nous faut apprendre à prendre en compte la fragilité de la complexité pour adapter les fonctionnements et prévoir des modes dégradés en cas de défaut sur certains composants.

Il est 19h. La température est de moins 20°. Nous sommes tout seul dans le parc de la Jacques Cartier. Le poêle ronronne et une bonne température nous réchauffe dans notre chalet au bord de la rivière.

Nous nous remettons des fatigues de notre longue marche en raquette. Nous avons remonté la rivière Jacques Cartier prise par le gel. Certains endroits encore à découvert montraient un courant charriant des glaces. Nous avons ensuite suivi un de ses affluents avant de monter un sentier appelé les coulées. En chemin, nous avons croisé une dizaine de personnes en tout. Certains avaient des skis nordiques au pied, mais la plupart chaussaient des raquettes comme nous. Les raquettes évitent de trop s'enfoncer dans la neige. Les nôtres étaient équipées de crampons qui évitaient aussi de glisser. Il faut toujours penser à ne pas chevaucher une raquette sur l'autre, en écartant les deux jambes en marchant, sous peine d'être déséquilibré et de se retrouver par terre.  

En revenant au chalet, nous étions bien refroidis malgré un équipement bien adapté. Une partie du visage était toujours exposé aux attaques du froid. En ouvrant le sac a dois, il fallait faire vite pour remettre les gants au plus vite et préserver les mains.

La nuit dernière, le thermomètre est passé à moins 24°. Bien au chaud dans notre cabane, nous n'avons pas senti ses morsures. Mais je pense aux animaux qui s'abritent dans cette forêt. C'est un miracle de les revoir après avoir enduré ces hivers inhospitaliers. Je pense aussi aux premiers habitants et aux indiens qui devaient s'accommoder de ces froids sans le confort d'aujourd'hui.

Dans notre longue marche, nous avions une bouteille d'eau et des mandarines. L'eau s'est mise à geler et la mandarine n'avait plus sa consistance habituelle. Il était temps que nous revenions à la voiture pour éviter la nuit qui tombe très tôt dans cette vallée. Son encaissement fait que le soleil se couche a 14h30.

Demain, des chiens vont nous tirer en traîneau. Un des grands rêves de Martine sera exaucé. Pour l'instant elle reprend des forces en faisant la sieste ou en commençant déjà sa nuit.

Le soir, nous serons à Trois Rivières dans le gîte Loiselle recommandé par le guide du routard. Nous pourrons ainsi retrouver facilement Vincent le samedi midi.

...

Il est 7h du matin. Les premières lueurs ont décidé de nous lever pour profiter du spectacle de la forêt canadienne sous la neige. Hier soir, Nous nous sommes couchés très tôt pour réparer les fatigues de la longue marche en raquette. Mais nous ne sommes pas habitués à dormir 12h. Alors la fin de la nuit a connu des périodes de réveil. Le feu dans le poêle commence à rehausser la température basique assurée par les radiateurs électriques. Et nous avons fait attention de couper la ventilation de la salle de bain pour ne pas redéclencher l'alarme. 

Ce matin, nous allons quitter le parc et prendre le chemin du retour. Plusieurs étapes vont jalonner encore ce trajet de plusieurs jours. La sortie avec les traîneaux à chiens devrait être l'apothéose pour Martine qui en rêvait. Puis nous passerons la nuit dans la capitale de la poésie, Trois Rivières. Et rejoindrons ensuite avec Vincent pour Sacacomie, la référence du style canadien connue mondialement. Les stars, ce seront nous cette fois.

La voiture n'est pas ensevelie sous la neige comme hier. Il n'a donc pas neigé cette nuit.

Les taxes et les pourboires au Canada, c'est spécial. Ils sont toujours en plus du prix affiché. Ce qui fait qu'on ne sait jamais combien on va payer. Les prix promotionnels peuvent par exemple être proposés à 99,99 dollars. Mais en sortant le porte monnaie, deux billets de 50 ne suffiront pas. Il faudra se compliquer avec de la monnaie. Pire, dans les restaurants. Après les taxes, il faut s'attaquer au pourboire qui est en plus. Les serveurs sont imposés sur ce pourboire en plus. Ce pourboire est laissé à la libre appréciation du client. En général, il devrait représenter environ 15% du montant. Les serveurs se méfient des touristes français qui ne sont pas encore au courant de ces subtilités et les informent des us et coutumes du pays. Sinon, ils payent des impôts pour des recettes qu'ils n'ont pas reçues. Pour nous, on a toujours l’impression de se faire avoir avec ce prix toujours plus important à payer que celui annoncé.

Au petit déjeuner, café, muffins aux bleuets, compote de pommes, tartine aux bleuets sauvages du Québec et au beurre de pommes. Le beurre de pommes est une gelée de pommes.

J'ai fait un petit tour dehors pour chercher un sac dans la voiture. Il fait vraiment très froid. Pour notre partie de traîneau à chiens, il faudra sortir notre panoplie complète anti-froid pour éviter de geler sur place et d'être transformé en bonhomme de glace.

Pas étonnant que nous ne voyons pas d'animaux à travers les belles fenêtres de notre chalet EXP.

 

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