Le retour

Après Sacocomie, c'est la route du retour en pleine nuit vers Montréal. Nous avons fait un arrêt course dans un petit supermarché qui était encore ouvert ce dimanche soir. Conduire sur des routes glacées est aussi un exercice intéressant. La voiture se conduit un peu comme un bateau. Il faut anticiper les dangers, éviter de freiner, ralentir doucement, accélérer doucement et être extrêmement prudent. J'ai déjà pratiqué ces exercices quand nous vivions au Canada.

Nous arrivons en retard chez Marc et Marie Céline. Nous admirons leur nouvelle cuisine optimisée pour l'espace disponible et qui laisse beaucoup de place pour circuler. Et nous dînons en refaisant le monde jusqu'à minuit.

Au programme de la dernière journée, pèlerinage vers notre ancien appartement de l'île des sœurs, dernier déjeuner avec Vincent, patinoire dans le vieux Montréal, magasinage pour une chaise berçante et des derniers souvenirs

Marc nous a accompagnés sur les lieux de notre ancien appartement. Marie Céline et lui avaient habité en 1983 dans un immeuble voisin du nôtre. Nous avons fait les photos. Dommage que nous n'ayons pas eu le réflexe de photographier Marie-Céline avec nous avant qu'elle ne parte à son travail.

Je n'ai pas fait beaucoup de photos dans ce voyage. Pour prendre des photos, il faut être spectateur et pouvoir se détacher de l'action. Cette fois-ci, le rythme des activités étaient tellement denses que je n'ai pas toujours pris le temps de mitrailler. Et donc pas de photo de Marie-Céline.

Nous avons retrouvé Vincent pour un bœuf bourguignon dans un petit resto pas cher. Avant de nous séparer probablement jusqu'à l'été prochain quand Vincent viendra en vacances en France dans le pays de ses ancêtres.

Le froid a eu raison des envies de patinage de Martine. Le cadre du vieux Montréal aurait été intéressant pour patiner sur la glace, mais il aurait fallu plus de temps devant nous et nous avions encore un dernier projet à explorer, la chaise berçante.

Le magasin pour la chaise berçante a été compliqué à trouver. A la première adresse, le local vendait des articles de photos. L'activité meuble avait déménagé. La deuxième place ne correspondait à rien du tout. Ce n'est que 10 mn avant la fermeture que nous sommes entrés dans le magasin d'objets pour bébé, qui proposaient aussi une douzaine de chaises berçantes en version fauteuil.

Nous avons encore fait du tourisme dans une pharmacie: nous y avons trouvé les quelques cartes postales et les timbres que nous voulions encore envoyer. Nous pensions être en avance en arrivant dans la zone de l'aéroport. Nous avons fait une halte dans un Subway pour un dernier breuvage et pour fermer notre sac.

Nous avons rendu la voiture à Budget, gelée, mais en bon état. Au comptoir d'embarquement à 3h du décollage, il n'y avait plus de place côte à côte. Nous avions deux places l'une derrière l'autre. Une voyageuse compréhensive nous a permis d'échanger sa place, même si elle ne pouvait plus être à côté de l'allée comme elle l'avait voulu lors de son enregistrement. Nous voilà donc dans l'avion pour une nuit raccourcie de 6 heures. En guise de sommeil, ce sera quelques moments d'assoupissement. Je fais partie des gens qui dorment peu dans l'avion. Déjà le jour à fait son apparition à travers le hublot, un tout petit déjeuner servi et l'airbus A310 pourra commencer sa descente. Le modèle A310 est un vieux modèle dans la gamme des Airbus. Il a été remplacé par le 330.  L'équipement de l'appareil s'en ressent. Nous n'avons pas d'écran sur le siège devant nous et nous ne pouvons pas suivre l'évolution du trajet comme on est maintenant habitué à le faire. Nous sommes dans la rangée 6, c'est a en tête de l'appareil. Sur cet A310, la cabine est d'un seul tenant, les toilettes sont au fond de l'appareil et comme l'une des toilettes a été annoncée condamnée au départ, nous retenons nos envies et pensons à autre-chose. Le bourdonnement de l'avion est désagréable dans les oreilles, comme cela ne l'a jamais fait et pourtant nous ne volons plus très haut. Nous distinguons les maisons entourées d’espaces boisées et les champs qui les séparent.

L'itinéraire emprunté par ce vol est très différent du voyage aller sur la carte affichée sur le grand écran maintenant, le tracé passe par le nord de l'Irlande alors que pendant le voyage aller nous étions passés au nord de Ouessant. Le temps de vol est nettement plus court cette fois ci 6h contre 7h pour l'aller.

A Charles de Gaulle, nous prendrons le tgv qui nous déposera 3h plus tard à Nantes, terminus du voyage. Mais il faudra encore prendre le tram et retrouver la voiture que les filles nous auront déposée aujourd'hui.

Dans les derniers moments avant l'atterrissage, la tension monte avec le rappel des consignes de sécurité et de la localisation des sorties de secours. Est-ce que le pilote réussira à trouver la bonne piste et à éviter les déneigeuses qui pourraient divaguer ? Réponse dans quelques minutes.

Dans le train pour Nantes, les yeux cherchent à se fermer. Le manque de sommeil est là. Pourtant, nous ne sommes pas encore rendus. Martine doit passer à son travail, il y a un bout de route pour rentrer dans notre chez nous, puis mettre encore a jour les courriels. 

Le livre de Michel David prolonge mon immersion canadienne. La famille Beauchemin doit représenter la famille type de la campagne du 19ème siècle avec les défrichements des rangs et l'installation des premiers fermiers. J'ai retrouvé le terme rang sur notre route du côté de Trois Rivières. C'est l'unité de base de la surface agricole exploitable par une famille de fermier. Jusqu’ au milieu du 19ème, des seigneurs officiaient aussi pour gérer les terres qu’ils donnaient en fermage à des défricheurs. Les droits des seigneurs disparurent vers 1840. C'est bien la première fois que ce titre de seigneur est arrivé jusqu'à mes oreilles.

En ce temps la, il y avait toujours de quoi faire dans une maison. Du matin au soir, les besognes s'enchaînaient tant à l'intérieur de la maison surtout réservé aux femmes que pour les travaux d'extérieur, des cultures dans les champs et de l'entretien du bétail a.

Les relations entre voisins constituaient l'essentiel des relations. L'attachement aux pratiques du rite catholique prenait aussi des proportions importantes dans le programme de la journée avec des chapelets dit à genoux le soir, des régularités pour assister à la messe et la crainte du prêtre.

Pour les candidats à l'émigration vers le Canada, il fallait être un bon catholique. Les protestants n'étaient pas acceptés. Ce qui donne une grande homogénéité des pratiques religieuses. Et pourrait expliquer que les objets du culte soient aussi repris comme jurons : hostie, ciboire, calice, tabernacles sont quelques jurons toujours employés.

Entendre parler les québécois est un vrai régal pour les oreilles. De vieilles expressions françaises et de style poétique, avec des exagérations s'immiscent dans les phrases.

Je n'ai pas eu le temps de prendre l'accent canadien, mais j'utilise du vocabulaire québécois qui dit parfois bien les choses sans qu’il soit utile de donner d'autres explications. Aller magasiner, tout le monde comprend ça. Et je trouve cette expression meilleure que d'aller faire les courses par exemple.

Nous arrivons à Nantes. Gaëlle nous attend avec la voiture et le chien dans le coffre. A la maison, la ponette doit continuer à chercher l'herbe dans sa parcelle et le chat miaulera pour nous crisper comme d'habitude. 

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